Berniques de Bretagne

 

Trois espèces différentes de berniques peuplent les estrans rocheux des côtes bretonnes.

 

Leur dénomination scientifique est un véritable « torr-pen » ! Les noms ont changé au cours du temps et pire, le même nom a été appliqué à deux espèces différentes !

Résumé des synonymes, c'est-à-dire des noms par lesquels elles peuvent être désignées dans des ouvrages relativement récents (moins d’un siècle):

 

Patella vulgata

Patella depressa (= P. intermedia)

Patella ulyssiponensis (= P. aspera, P. athletica, P. depressa)

 

Le nom en caractères gras souligné sera utilisé ici... mais des noms plus prononçables sont proposés ci-dessous!

 

Quelques caractères distinctifs des 3 espèces de berniques (il y en a d'autres !); pour plus de précisions voir illustrations :

 

 

 

Patella vulgata

 

Patella depressa

Patella ulyssiponensis

Coquille extérieur

Côtes rayonnantes bien séparées ± saillantes

Côtes rayonnantes bien séparées ± saillantes

Côtes rayonnantes fines, serrées saillantes

Coquille intérieur

Marques colorées limitées à la bordure

Marques colorées rayonnantes étendues

Marques colorées presque absentes

Tentacules palléaux (en bordure du manteau)

± jaunâtres, non visibles à l’œil nu

Blanc pur bien visibles sur fond de coquille à l’œil nu

Blanchâtres, non visibles à l’œil nu

Couleur du pied

± jaune-gris à noir

Gris à noir

Jaune

Radule, rapport R/C

Proche de 1.5

Proche de 2.0

Proche de 1.0

Radule : grande dent à 3 pointes

pointe 2 > 3

pointe 2 > 3

pointe 2 < 3

Niveau sur l'estran

<PMGME

< PMPME

>BMME + cuvettes + élevées

Types de côtes (mode)

Battues à très abritées

+ estuaires

Battues à semi-abritées.

Non estuaires

Battues.

Non estuaires

Période de ponte

Automne-hiver (repos janvier-juin)

Juillet à septembre  + autres pics janvier-mars

septembre

Nom proposé

Bernique commune…et pas vulg pour autant !

Bernique dentelle…à cause de la bordure de son manteau !

Bernique  canari (couleur du pied…et plus facile à placer que ulyssiponensis !)

 

Compte tenu de la variabilité des caractères, la prudence exige d’en prendre plusieurs en considération pour une identification sérieuse !

R/C : rapport entre la longueur de la radule et la longueur de la coquille ; PMGME : pleines mers de grandes mortes eaux ; PMME : basses mers de moyennes mortes eaux ;  BMME : basse mer de morte eau. 2 et 3 sont les pointes de la grande dent numérotées à partir du milieu de la radule, voir dessin plus bas.

A Moëlan les berniques canari sont bien distinguées des deux autres espèces et appelée "gwelerzed", ce qui peut se traduire par "pleureuses". Un nom dont on ne comprend pas bien l'origine. Le nom breton a pu être déformé, aurait-il un autre sens ? Toujours est-il que les gwelerzed ont la réputation d'être coriaces et tout juste bonnes pour faire des ragoûts !

 

 

 

 

 

 

Photographies des trois espèces. De haut en bas : animaux vus de dessus, animaux vus de dessous et intérieur de la coquille. A gauche, la bernique commune, au milieu, la bernique dentelle, à droite, la bernique canari. La tête est tournée vers le haut. Les animaux sont les mêmes dans les trois niveaux.

 

Vues de la bordure du manteau et des tentacules palléaux : a gauche bernique commune vis-à-vis de bernique dentelle; à droite, bernique dentelle vis-à-vis de bernique canari. La netteté des tentacules qui dessinent un liséré de dentelle au manteau de la bernique du même nom est frappante. Bien que blanchâtres, les tentacules ne contrastent pas sur la teinte claire de la coquille de la bernique canari. Les animaux sont les mêmes que sur les vues plus haut.

 

 

A gauche, les trois espèces de berniques, aisément identifiables. A droite des berniques communes déguisées, en bernique canari (en haut, mais le pied est orangé et non jaune) et en bernique dentelle (en bas; mais, si le pied est bien noir, le manteau est dépourvu de dentelle !). Dans les deux cas, la forme de la coquille trahit la bernique commune.

la Radule (ou radula) est un très long ruban dont seule l'extrémité se trouve sur le plancher buccal. Le reste de l'organe est logé dans une poche indépendante du tube digestif. La" racine" de la radule est située juste en arrrière des ganglions pédieux, le ruban se dirige ensuite vers l'arrière droit de l'animal où il peut constituer des boucles et revient enfin vers la bouche. Cette radule est équipée de dents dont les caractères sont très utiles à l'identification des espèces. On compte environ 30 dents par millimètre de radule chez une bernique commune...soit un total d'environ 2000 pour un individu de 40 mm de longueur de coquille!...les voilà bien les dents de la mer !

 

A droite, photo d'une portion d'environ 1.5 mm de longueur d'une radule de bernique commune. Les dents de la bordure (3 de chaque côté) sont transparentes et à peine visibles.

 

Radule de bernique commune. Les quatre dents de la bande médiane sont à peu près égales. La dent à 3 pointes est large. La pointe N° 2 est la plus développée

 

Radule de bernique dentelle. Les quatre dents médianes sont grèles et égales. La dent à 3 pointes est étroite et sa pointe N°2 est la plus développée. La pointe 3 a une extrémité arrondie. Globalement, la radule est étroite

 

Radule de bernique canari. Les dents externes du groupe médian sont plus larges que les dents internes. La pointe externe (N°3) de la grande dent est la plus développée. Dans l'ensemble les dents de la radule sont trapues et robustes.

 

 

 

 

Les berniques crues peuvent se consommer toute l'année (avec du pain-beurre...et un coup de cidre). Les petites et moyennes, récoltées au bas de l'eau (parmi lesquelles des" berniques dentelle"), sont les plus tendres et les plus savoureuses, mais n'allez pas les ramasser le vendredi saint ! Elles ont le pied en sang...Jeizus!